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L'église

Eglise Nuit

 

Gravure

Ce n'est pourtant pas par ce clocher en oignon que l'église de Bretonnières nous intéresse (c'est une adjonction moderne), mais par l'ancienneté de sa construction : c'est un des premiers édificesreligieux construits en pierre dans le Pays de Vaud, du moins la nef romane du côté de l'ouest qui est contemporaine de l'église de Saint-Sulpice (vers1100).
Pendant trois siècles cette petite nef, pourvue de son clocher-arcade pour la cloche, se termina à l'est par une abside ronde dont on a retrouvé les fondations au début de ce siècle.
A l'époque gothique, au XVe siècle, et suivant l'exemple de la plupart des églises, celle deBretonnières fut agrandie par reconstruction du choeur bas et sombre en un choeur gothique haut et bien éclairé d'une large fenêtre en arc brisé.
La différence entre les deux constructions se marque non seulement dans le style mais dans l'aspect des murs qui sont irréguliers dans la nef romane et fort bien appareillés dans le choeurgothique. C'est qu'en trois siècles l'art de la maçonnerie avait fait des progrès.
Trois cents ans plus tard, nouvelle transformation. La nef est jugée décidément trop sombre pour le culte protestant où l'on doit pouvoir lire dans le psautier. En 1742, on se décide à tailler dans le mur sud de larges fenêtres rectangulaires et l'on construit, à l'entrée, un porche qui n'est pas de trop dans un pays où la pluie et la neige sont facilement chassées par le vent en rafales.
Il semblerait que cette fois les habitants du petit village avaient lieu d'être satisfaits de leur église. Mais bientôt,LL. EE.de Berne s'avisèrent de vouloir supprimer le culte dans ce sanctuaire, par économie, et d'obliger les fidèles à aller remplir leurs devoirs religieux à Romainmôtier, paroisse à laquelle ils étaient du reste rattachés.
On possède encore la lettre touchante qu'ils écrivirent au bailli de Lerber qui commandait le bailliage de Romain-môtier pour le dissuader de donner suite à ce projet. Les arguments invoqués jettent un jour singulier sur les moeurs de l'époque. Ecoutez plutôt : Le village est sur une route très fréquentée. Les maisons écartées les une des autres pourraient être exposées au pillage pendant que les gens seraient à Romainmôtier. Elles couraient aussi le risque d'être incendiées par l'imprudence des enfants ou par la malice des passants. De plus, en allant à Romainmôtier, ceux de Bretonnières ne " manqueroyent" pasd'étre attirés et séduits dans les cabarets dont la fréquentation est des plus ruineuses pour la paroisse.
Compréhensif, et séduit par une Ingénieuse argumentation, le bailli de Romainmôtier continua à envoyer la pasteur du lieu à Bretonnières et actuellement celui-ci continue à faire la course, bien que Bretonnières ait son propre "cabaret ".

Son aspect extérieur

Eglise Turian

Juchée sur son éperon rocheux que traverse le tunnel par où passe la voie ferrée, l'église de Bretonnières occupe une situation idéale pour le promeneur. Entrons dans le pré en pente qui l'entoure et qui fut autrefois un cimetière.
Du côté sud surtout, la façade de l'église offre des détails intéressants. A gauche la nef de l'ancien temple montre une petite fenêtre romane terminée en demi-cercle. Plus bas les deux fenêtres percées au XVIIIe siècle et surmontées, lors de la restauration opérée en 1906 par Schmid, l'architecte de Chillon. d'une décoration sculptée.
Sur la fenêtre de gauche on lit Anno Domini 1906 ; sur celle de droite SUMPT. REIP. MUNIC. C'est une allusion à la restauration décidée par la Municipalité en 1906-1907.
La façade se continue à droite dans le choeur gothique ajouté au XVe siècle. Plus bas que la nef ce choeur montre une étroite fenêtre lobée, mais vers l'est il est percé d'une grande baie aussi gothique ornée de deux lancettes trilobées.
Au-dessus de l'entrée s'élève un clocher rudimentaire constitué simplement par la surélévation du mur de la façade. Ce genre de clocher, qui est fréquent. en Europe, n'existe dans le canton. que dans très peu de localités de la vallée de la Broye : Chavannes-le-Chêne, Curtilles, Donatyre, Treytorrens, Villarzel (ailleurs dans le canton il est moderne). Le mur est alors percé d'une ou deux baies où l'on suspend une ou deux cloches.
Jusqu'au XVIIIe siècle, l'église de Bretonnières ne posséda qu'un cloche-arcade semblable à celui qu'on voit maintenant. Mais, jugé comme trop pauvre, il fut complété vers 1740 par un clocher carréenglobant l'arcade, exactement comme celui de Belmont-sur-Lausanne. On trouvera une vue de ce clocher éphémère dans l'ouvrage illustré par Turrian sur les églises du canton de Vaud paru à la fin du siècle passé.
On sait que, depuis quelques décennies oh cherche à rendre aux anciens édifices, lors d'une restauration, leur aspect primitif. C'est pourquoi, en 1906, l'architecte Schmid redonna au clocher sa simplicité d'autrefois par suppression des adjonctions en planche. Mais alors l'église paraissait bien minable aux paroissiens.
A un édifice aussi bien campé devant l'écran du Jura il fallait évidemment un couronnement, une verticale faisant contraste à tant de collines horizontales. Schmid eut alors l'idée, géniale à notre avis, de planter au milieu de l'édifice. un clocher-bulbe de l'époque baroque.
Et pourquoi pas ? Nombreuses sont les églises romanes qui furent pourvues plus tard de clochers baroques en forme de bulbe. Celui de Bretonnières est élégant, imposant, et se découpe admirablement sur le ciel quand on s'en rapproche. Il parait si authentique que Paul Budry lui-même s'y est trompé et qu'il l'a écrit comme une "grâce surajoutée' au XVIIIe siècle"! Et il faut le livre de Turrian pour se convaincre qu'il date du XXe siècle.

A l'intérieur

Intérieur église

L'intérieur nous réserve quelques surprises. Tout d'abord la nef, la partie la plus ancienne datant des environs de 1100, est entourée sur trois côtés de rustiques bancs de pierre, comme souvent en France dans les églises romanes. Au nord et au sud deux petites fenêtres montrent combien, au moyen Age, les sanctuaires chrétiens étaient sombres même là où un toit plat en charpente n'obligeait pas à des murs compacts. On comprend qu'à Bretonnières on ait fini, au XVIIIe siècle, par percer les larges ouvertures qu'on y voit maintenant.
Le choeur, nous l'avons vu, est postérieur de trois siècles à la nef, et sur le sol sont visibles lesfondations de l'abside ronde qui le précédait.
C'est donc au XVe siècle qu'on a élevé cette belle arcade gothique moulurée eh arc brisé contre laquelle s'appuie la chaire basse polygonale, datée de 1633.
Tandis que la nef n'a qu'un toit plat, le choeur est couvert d'une voûte en pierre dite en berceau brisé, semblable à une voûte arrondie cassée en. deux et dont les deux moitiés auraient été rapprochées. Une telle voûte est plus solide qu'une voûte arrondie, mais aussi plus difficile à construire; c'est pourquoi les architectes du moyen Age l'ont employée après la voûte en berceau rond.
Faut-il signaler encore dans le même sanctuaire, de vieilles chaises de mariage marquées PX et des traces de décoration polychrome, décoration semblable à celle qu'on retrouve dans l'église de Romainmôtier. La corrélation n'étonne plus quand on sait que ces deux églises ont toujours appartenu à la même parroisse.
Aucentre du choeur ce dresse sur quatre pieds, une table de communion qui n'est autre que l'ancien autel catholique.
Au fond une remarquable fenêtre à deux lancettes surmontée d'un trèfle attire le regard. Les lancettes elles-même se terminent en trilobes. En 1923 on y a posé deux vitraux de Ravier, représentant les paraboles du Semeur et du Bon Berger.
A droite de la fenêtre le mur montre encore une piscine (lavabo pour le prêtre) . datant d'avant 1536. Elle est basse pour être à la portée des enfants servant la messe. A gauche de la fenêtre, on voit aussi la crédence qui renfermait les huiles saintes. Il y en a même une seconde sur la paroi nord, à côté de la croix de consécration, croix qu'on découvre dans un grand nombre d'églises vaudoises. Avant 1536, ces croix. étaient peintes sur les parois des temples au moment de leur consécration.

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